Ecrits Sombres
Dans les volutes d’encens et les reflets du miroir elle ondule et danse laissant son ombre s’accrocher aux tentures et les froisser. Sous ses pieds griffant le sol nappé de cendres s’ouvrent des sillons comme des plaies asséchées. Le long de ses jambes nues s’enroulent des rubans incandescents ; je tressaille.
Créature enchanteresse qui brise mes certitudes et sussure à mon être à travers les pores même de ma peau. Sur ton ventre un dragon se dessine et à chacun de tes gestes je sens ses ailes battrent dans mon corps. Evanescente, intouchable, l’obsidienne de tes yeux a pourtant un profond goût de réalité.
En ces lieux apparue sans y avoir été invitée tu as festoyé de ma tablée et bu de mes courtisans l’amer sang des affamés de grâces princières. Comme je repose maintenant sur le dos tel un gisant qui s’attarde tu uses de tes charmes pour me supplicier.
Mes dernières prières se prennent à la toile de ta chevelure sombre ; je me consume à présent sous la pulpe de tes lèvres. Après m’avoir achevé dis à ton seigneur que je rejoinds à regret les cieux hypocrites où ma cour m’attend. Je me sens déjà maudit car là haut tu ne me rejoindras pas ma démone, toi qui fut seule à être selon ta nature…
Black orchid (83)
Sous mes pas les pétales des roses dépecées par milliers exhalent un parfum putride et entêtant. A mes pieds ils se collent comme le premier sang versé d’une guerre ancestrale. Le désir le plus impi grandit entre mes cuisses ; dans toute sa force j’expose à ce monde ma fierté de mâle. Je goûterais fort bien des cuisses de cet ange égaré. A l’affût derrière les rochers, je me délecte déjà du spectacle de sa peau souillée de boue. Elle à l’air d’un petit renard égaré. Ses yeux sont comme deux éclats d’ambre et ses lèvres pincées par la peur excitent mes sens. Tout doucement je m’approche, sous mes griffes sa peau frissonne et se glace soudain. Quelle délicieuse rose je vais déflorer en sa dernière heure. Car nulle compagne n’est digne de moi dès lors que je la laisse faner entre mes bras. Les démons ne savent aimer que la perfection et celle-ci pour les femmes n’est hélas pas éternelle…
Black orchid (83)
Petit chat
Tendre la main aux défunts plus qu’aux vivants, basculer en arrière dans ce tombeau et voir le ciel d’en bas. De la plus profonde fosse le ciel n’a jamais paru aussi dérisoire. Une fenêtre minuscule et vermoulue. Même à l’état d’esprit je n’aurais pas su me glisser à travers. Et quand bien même j’aurais été admise en ce “haut lieu“ comme s’entêtent à le nommer les hommes en habit de bure ; je n’aurai pas trouvé meilleur repos que dans cette terre gonflée de cadavres. Serrant dans mes bras le petit cercueil de bois, j’entonne la berceuse que je lui chantais autrefois. « Pour mon petit chat je serai fée, enchanteresse ou dragon; pour mon tendre chaton je traverserai l’océan d’un bond ; car tu es ma vie, tu es ma chair et tu m’appartiens. »
Tu m’y as forcé, toi qui te prétendais mon époux contemples maintenant ton œuvre dans toute sa désolation. Si tu n’avais pas tenté de me l’arracher elle serait encore en vie ! Oui c’est de ma main que la mort a surgit sur sa huitième année et aujourd’hui je peux enfin l’avoir pour moi seule. Et n’essayez surtout pas de m’extraire de sa tombe, elle est mienne, oui elle est à moi ! Je vous maudis, je vous maudis vous tous qui êtes là, horrifiés de découvrir la vérité du fond de sa propre tombe, mais de ma bouche !
Black orchid (83)
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